Le saviez-vous que ?

Dans le cadre du projet VDE, une personne est considérée immigrante lorsqu’elle est née à l’extérieur du Canada et réside au Canada sans égard à la catégorie administrative correspondant à son statut légal au pays (Arsenault et al., 2023). Ainsi, les personnes ayant un droit de séjour permanent, y compris les personnes naturalisées, celles ayant un droit de séjour temporaire, comme les demandeurs d’asile et les travailleurs temporaires, et même celles qui sont sans statut, sont incluses dans l’appellation « personne immigrante » (Arsenault et al., 2023).


Collage par Isabelle Demers

Immigration

Connaissances actuelles

Au Canada, certains facteurs peuvent nuire à l’accès aux services, à la participation sociale ou à la qualité de vie des personnes aînées immigrantes, comme le fait de ne pas maîtriser l’une des deux langues officielles (Kadowaki et al., 2020). Ceci est d’ailleurs le cas de 14% des personnes aînées immigrantes résidant à Montréal (Landry et al., 2019). Ne pas pouvoir s’exprimer aisément dans les langues d’usage peut mener les personnes concernées à vivre des situations de discrimination et d’exclusion sociale (Salma et Salami, 2019). 

Ainsi, les recherches québécoises et canadiennes s’intéressant à l’expérience de vieillissement et de participation sociale des personnes aînées immigrantes rapportent qu’elles se retrouvent souvent isolées socialement à cause de barrières linguistiques. Elles ressentent aussi fréquemment de la solitude. Ces réalités peuvent être accentuées par l’expérience de l’âgisme ou du racisme (Ahmad et al., 2021 ; Koehn et al., 2022 ; Laaroussi, 2013). Ces deux systèmes d’oppression limitent l’accès au travail et au bénévolat des personnes aînées immigrantes (Salma et Salami, 2019), alors que ces milieux pourraient leur permettre de demeurer actives et de rencontrer les membres de leur communauté d’accueil (Ahmad et al., 2021). Il importe donc de faciliter l’accès à des activités sociales ou à des groupes de soutien pour les personnes aînées immigrantes, afin qu’elles aient l’occasion de développer leurs réseaux sociaux et leur sentiment d’appartenance dans leur nouvelle société (Koehn et al., 2022). Les membres de la famille habitant aussi le pays d’accueil jouent d’ailleurs un rôle primordial pour favoriser l’intégration des personnes aînées immigrantes dans de nouveaux lieux de participation (Laaroussi, 2013). De plus, les liens familiaux stimulent l’utilisation d’Internet, car ce moyen de communication, en plus de servir d’outil de divertissement, permet d’entretenir les relations avec les proches demeurés dans le pays d’origine (Salma et Salami, 2019). 

 

Objectif VDE

Pour bonifier les diverses recherches québécoises et canadiennes recensées sur le sujet (n=10), l’étude « Vieillir en diversité et en équité » produira de nouvelles connaissances quant aux expériences de vieillissement et de participation sociale des personnes aînées immigrantes de la région métropolitaine de Québec, notamment sur le plan des facteurs facilitant ou freinant leur agentivité et leur inclusion sociale.

 

Lexique

Secteur Immigration

Le secteur Immigration du projet VDE s’intéresse aux trajectoires de vieillissement et de participation sociale des personnes nées dans un autre pays que le Canada et qui résident dorénavant dans la Communauté Métropolitaine de Québec (CMQ). Les personnes immigrantes peuvent avoir un droit de séjour permanent ou temporaire, dépendamment de leur statut migratoire (Gouvernement du Canada, 2024b).

Immigration

L’immigration renvoie à un déplacement international dans le but de vivre de manière temporaire ou permanente dans un nouveau pays qui n’est pas celui de naissance ou de résidence habituelle de la personne (Arsenault et al., 2023).  

Interculturalisme, interculturalité et multiculturalisme

L’interculturalisme, dont l’interculturalité est un synonyme, reconnaît la coexistence de rapports sociaux et d’échanges entre personnes porteuses de cultures variées. Il prône le respect des droits fondamentaux et la conciliation de la diversité culturelle à l'identité commune francophone (Interculturalisme, s.d.). Il s’agit d’un système de gestion de la diversité qui implique de reconnaître le français comme langue publique commune et une allégeance symbolique aux valeurs de la majorité d’expression française du Québec (Arsenault et al. 2023 ; Rocher et White, 2014). C’est une notion d’ordre politique qui sert à la gestion de la diversité culturelle, mais qui ne fait l’objet ni de textes de loi, ni d’une définition gouvernementale formelle. Elle a émergé au Québec à la fin des années 1970, dans un processus de différenciation par rapport au multiculturalisme canadien et dans le but de préserver la langue française au Québec, qui demeure une langue minoritaire dans le reste du Canada (Arsenault et al. 2023 ; Rocher et White, 2014). 

Au Canada, le multiculturalisme consiste à affirmer que tous les citoyens sont égaux et peuvent conserver leurs identités, éprouver de la fierté par rapport à leurs origines et ressentir un sentiment d’appartenance envers leur pays d’origine et leur pays d’adoption. Le multiculturalisme favorise des valeurs d’inclusion et de respect mutuel et reconnaît que les différences enrichissent l’identité collective du pays et son tissu social (Gouvernement du Canada, 2024a). Le multiculturalisme est souvent décrit comme une « mosaïque » de cultures coexistant sur un pied d’égalité. Il fait la promotion de la diversité ethnique et culturelle pour un vivre-ensemble harmonieux (Proulx-Chénard, 2021).

Interculturel

L’interculturel est un concept provenant de la sociologie et signifiant une occasion de rencontre entre deux ou plusieurs personnes provenant de divers milieux culturels (Rocher et White, 2014).

Minorité visible

Le concept de minorité visible fait référence à toute personne, autre que les personnes autochtones, qui n’a pas la peau blanche (Statistique Canada, 2008). Puisqu’elle émane d’une idée que les personnes non blanches et non Autochtones seraient toutes issues de l’immigration et se trouveraient en minorité, en nombre et en pouvoir, face à une majorité de la population considérée comme issue des peuples dits fondateurs du Canada, cette appellation est fortement controversée (Molinari, 2022). De nombreux acteurs et actrices du domaine lui préfèrent la notion de personnes racisées ou racialisées (Arsenault et al., 2023).

Personne immigrante

Une personne immigrante est quelqu’un qui s’est vu octroyer le droit de résider au Canada de manière permanente par les autorités de l’immigration, y compris les personnes naturalisées (Statistique Canada, 2021). Cette définition comporte le fort désavantage d’exclure un large pan des personnes résidant au Canada, souvent à long terme, avec un droit de séjour temporaire, ou même sans statut, comme les demandeurs d’asile, les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers. Ces dernières personnes vivent les enjeux liés au fait d’être un ou une immigrante, tout en rencontrant un plus large spectre d’obstacles structurels dû à leur statut temporaire, plus précaire. Bien que la proportion des personnes aînées parmi les immigrants dotés d’un statut temporaire ou se trouvant sans statut soit faible, nous considérons, dans le cadre de cette étude, qu’un ou une immigrante est une personne née à l’extérieur du Canada et résidant au Canada à long terme, grâce à un statut de résidence permanente ou temporaire, ou encore sans statut, en d’autres termes, sans égard à la catégorie administrative par laquelle elle se trouve sur le territoire canadien pour y résider (Arsenault et al., 2023).

Personnes/populations racisées ou racialisées

Les adjectifs « racisée » et « racialisée » sont utilisés de trois manières différentes pour décrire une personne ou une population : 

  • 1) cette personne ou population est « touchée par le racisme »;
  • 2) elle vit dans une société majoritairement blanche et « n’a pas la peau blanche, sans égard au lieu de naissance ou à la citoyenneté »;
  • 3) elle « a la peau noire [et] est d’ascendance africaine ». 

Considérant que ces adjectifs sont des dérivés du mot « race », fortement critiqué pour hiérarchiser la valeur des êtres humains selon la couleur de leur peau et leur culture, leur emploi doit se faire avec prudence (Office québécois de la langue française, s.d.). 

Racisme

Le racisme émane de la croyance selon laquelle les humains peuvent être hiérarchisés en fonction de « races » distinctes élaborées selon des attributs partagés, comme la couleur de la peau et la texture des cheveux. Ainsi, certains groupes sont vus comme étant supérieurs à d’autres uniquement en raison de caractéristiques dites raciales ou ethniques. Le racisme s’exprime souvent sous la forme de préjugés et de discriminations. Il peut se manifester non seulement à l’échelle individuelle, mais aussi systémique par l’entremise des institutions d’une société (Frideres, 2021). 

  • À l’échelle individuelle : les manifestations expérimentées du racisme peuvent être l’expression de préjugés, des attitudes de discrimination ou des gestes de violence ;
  • À l’échelle systémique : les manifestations peuvent être la disparité des revenus ou les inégalités dans l’espérance de vie. 

Quoique ces démonstrations racistes puissent s’articuler de manière plus ou moins consciente, elles contribuent tout de même au maintien des inégalités entre les êtres humains, notamment dans la répartition des ressources et des chances (Pierre, 2017). 

Transnationalisme

Le transnationalisme désigne une réalité où les personnes mènent leur vie dans plus d’un État à la fois. La vie dans un espace transnational peut toucher une ou plusieurs dimensions de la vie des personnes (ex. : dimension familiale, économique, politique, étudiante, etc.) et évoluer avec le temps (Arsenault et al., 2023). 

Références

Texte Immigration

Ahmad, F., Sathiyamoorthy, T. et Othman, N. (2021). Perspectives of older Tamil immigrants on social inclusion: A concept mapping study in Canada. Health and Social Care in the Community, 30(4), 1438-1448.  

Arsenault, S., Raymond, É., Synnott, M., Ellington, L., Milot, É., Beauchamp, J., Houle, M.-F., Tremblay, M.P., Chassé, K. et Rougerie, J. (2023). Entente de collaboration. Vieillir en diversité et en équité : comprendre et reconnaître la pluralité des trajectoires de vieillissement et de participation sociale. Université Laval. 

Kadowaki, L., Simard, J., Koehn, S., Ferrer, I., Orzeck, P., Brotman, S. et Raymond, É. (2020). Tirer des leçons des expériences des personnes âgées immigrantes : rapport national. Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale. https://creges.ca/realisations/tirer-des-lecons-des-experiences-des-personnes-agees-immigrantes-rapport-national/

Koehn, S., Ferrer, I. et Brotman, S. (2022). Between loneliness and belonging: narratives of social isolation among immigrant older adults in Canada. Ageing and Society, 42(5), 1117-1137.  

Laaroussi, M. V. (2013). Les aînées réfugiées au Québec. Recherches féministes, 26(2), 105-126. 

Nasir, N., Hand, C. et Huot, S. (2022). Examining Social Relationships among Older Muslim Immigrants Living in Canada: A Narrative Inquiry. Societies, 12(3), 1-16.

Landry, M., Lemieux, V., et Massé, R. (2019). Les conditions de vie des aînés immigrants. Dans D. r. d. s. p. d. M. (DRSP) et T. d. c. d. a. d. l. î. d. M. (TCAÎM) (Eds.), Espace montréalais d'information sur la santé (pp. 1-6).

Salma, J et Salami, B. (2019). “Growing Old is not for the Weak of Heart”: Social isolation and loneliness in Muslim immigrant older adults in Canada. Health & Social Care in the Community, 28(2), 615-623. 

Lexique Immigration

Arsenault, S., Raymond, É., Synnott, M., Ellington, L., Milot, É., Beauchamp, J., Houle, M.-F., Tremblay, M.P., Chassé, K. et Rougerie, J. (2023). Entente de collaboration. Vieillir en diversité et en équité : comprendre et reconnaître la pluralité des trajectoires de vieillissement et de participation sociale. Université Laval.

Frideres, J. (2021). Racisme. Dans l'Encyclopédie Canadienne. https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/racisme

Gouvernement du Canada. (2024a). À propos du multiculturalisme et de la lutte contre le racisme. https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/services/a-propos-multiculturalisme-lutte-racisme.html

Gouvernement du Canada. (2024b). Plan ministériel d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada pour 2024-2025. https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/organisation/publications-guides/plans-ministeriels/plan-ministeriel-2024-2025/plan-ministeriel-2024-2025-complet.html#toc02-2

Interculturalisme. (s.d.). Dans Usito. https://usito-usherbrooke-ca.acces.bibl.ulaval.ca/d%C3%A9finitions/interculturalit%C3%A9

Molinari, C. (2022). Minorités visibles ou invisibles ? Une formule aux enjeux polémiques. Circula, (15), 50-76. https://doi.org/10.17118/11143/19979

Office québécois de la langue française. (s.d.). Le point sur l’usage des mots race, raciser et racialiser. Dans Grand dictionnaire terminologique-Chronique terminologique. https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/ressources-linguistiques/chroniques/chroniques-terminologiques/le-point-sur-lusage-des-mots-race-raciser-et-racialiser

Pierre, A. (2017, 1 mars). Mots choisis pour réfléchir au racisme et à l’anti-racisme. Ligue des droits et libertés. https://liguedesdroits.ca/mots-choisis-pour-reflechir-au-racisme-et-a-lanti-racisme/

Proulx-Chénard, S. (2021). Interculturalisme. Dans l’Encyclopédie Canadiennehttps://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/interculturalisme

Rocher, F. et White, B. (2014). L’interculturalisme québécois dans le contexte du multiculturalisme canadien. Étude IRPPhttps://irpp.org/wp-content/uploads/2014/11/study-no49.pdf

Statistique Canada. (2008). Minorité visiblehttps://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/81-004-x/def/4068739-fra.htm

Statistique Canada. (2021). Série « Perspective géographique », Recensement de la population de 2021https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2021/as-sa/fogs-spg/Page.cfm?Lang=F&Dguid=2021A00052423027&topic=8